Quand la France se met au vert-jaune, l’Amazonie vire au rose

9. Alors que les hirondelles sont en déclin, cette année, c’est le Brésil qui nous a annoncé le printemps[1]. Depuis le 21 mars, en effet, le Brésil est à l’honneur en France. A Paris, les jours rallongent. A São Paulo et Rio de Janeiro, ils racourcissent.

Ici, on attend l’été et toutes ses fêtes estivales, paroissiales, qui célèbrent la culture et la nature. Là-bas, c’est l’hiver qui pointe son museau, le carnaval est déjà loin, il pleut, il fait moins chaud. C’est le moment pour les Cariocas et Paulistas les plus fortunés de se rendre dans la vieille Europe, pour retrouver leurs racines et des températures clémentes. Les avions repartiront chargés des européens en quête de flamboyance tropicale. L’Amazonie est toujours là ; ils ne seront pas déçus, mais pour combien de temps encore ? Continuer la lecture

Conservation de la faune amazonienne en Guyane: la France peut mieux faire

13.

Lors de la conférence sur la biodiversité à Paris le 29 janvier 2005, le Président de la République Jacques Chirac a appelé de ses vœux à la création d’un Parc National de la Guyane pour la fin de cette année. La date butoir du 31 décembre se rapproche donc à grandes enjambées. Aucune fumée blanche annonçant la bonne nouvelle ne se dégage des colonnes du Journal Officiel. Serait-ce un vœu pieu ?[1] Continuer la lecture

S’alimenter en Amazonie française : la grande loterie

12. Alors qu’on se désole des ouragans qui naissent dans l’Océan atlantique et balayent tout sur leur passage en traversant la mer des Caraïbes jusqu’au sud des Etats-Unis, le Mexique et l’Amérique centrale, la Guyane profite quant à elle d’une certaine quiétude : c’est la saison sèche[1]. Qui dit déficit en eau dit aussi moins de ressources alimentaires en forêt. C’est un peu la saison de la « dèche » pour tout ce petit monde de la forêt tropicale et pour les hommes aussi. Mais comme on peut maintenant trouver de la viande de cochon-bois en abondance dans un hypermarché de Cayenne, alors on respire ! On ne risque pas d’avoir faim. Continuer la lecture

La Favela Candeal de Bahia : quand le bidonville résiste à la ville béton

11. C’est la deuxième fois que je me rends dans l’Etat du Nordeste du Brésil[1]. La première fois, j’étais parti de Cayenne et, comme pour nombre de Guyanais et Antillais, Salvador da Bahia était une étape obligatoire où on sent l’Afrique vibrer en Amérique. Cette fois, je suis venu par le Sud. Les guides de tourisme sont en grande partie dédiés à la ville de Salvador de Bahia, à ses plages, son centre historique en partie rénové, le Pelourinho, ses églises baroques du XVIème et XVIIème siècle, ses académies ou écoles de capoeira et sa culture afro-bahia, vestimentaire, artistique, musicale. Inutile de chercher dans les guides, du moins ceux datés de 2005, vous n’y trouverez pas un mot sur la favela Candyall ou Candeal. Continuer la lecture

Mais où sont passés les Français ?

10. A Uberlandia, dans l’Etat de Minas Gerais, Brésil, l’Association de Biologie Tropicale et Conservation et l’Université Fédérale d’Uberlândia (UFU) ont organisé un superbe meeting regroupant près de 900 participants en provenance de 27 pays[1]. C’est l’année du Brésil en France. On aurait donc pu espérer une participation française conséquente. « Mais où sont les français ? » m’a-t-on demandé à plusieurs reprises. « A Paris-plage sûrement pour célébrer l’année du Brésil en France, mais certainement pas au Brésil » pourrait-on répondre. La culture n’est pas seulement culturelle mais est aussi scientifique. Continuer la lecture

En mission au cœur du bouclier des Guyanes : Point de vue d’un  » éco-routard  » scientifique

8. Monsieur Léon Bertrand[1] a effectué fin novembre une visite officielle à Paramaribo, au Suriname, dans le but de développer le tourisme entre les deux pays frontaliers (France-Guyane du 26 novembre 2004, N° 4917). Pour s’y rendre, en l’absence de vol SLM (Surinam Airways) depuis Cayenne, plutôt que de passer par la route, comme la quasi totalité des voyageurs à destination de Paramaribo, il a pu bénéficier d’un vol spécial affrété par Air Guyane. Continuer la lecture

Lettre à un ami Guyanais naturaliste ou Voyage véridique vers la fin d’un monde

7. Mon cher Justin[1], Dans ton précédent courrier, tu m’as raconté comment les autorités françaises envisageaient, au nom du développement durable, d’autoriser les activités aurifères, légales celles-ci bien sûr, dans les parcs naturels et en particulier le Parc National du Sud. Après une semaine dédiée au développement durable en Guyane, c’est en effet pour le moins surprenant. Continuer la lecture

Orpaillage, les aires protégées et la conservation de la nature : Guyane-Gabon, mêmes causes, mêmes effets

6. « L’orpaillage et l’exploitation minière de l’or ont eu des conséquences néfastes sur la faune, la flore et les habitats dans de nombreuses forêts tropicales du monde entier ». Ainsi débute l’analyse socio-écologique menée par Sally Lahm au Nord-Est du Gabon (Lahm, 2002)[1].

Les décideurs politiques ne semblent pas prendre la mesure de la catastrophe écologique qui se dessine derrière une relance de l’activité aurifère en Guyane. En dépit des multiples rapports, thèses, articles et analyses scientifiques, sociologiques, épidémiologiques, etc…, parus dans de nombreux pays, et dans toutes les langues, on ne nous (les scientifiques) croit pas encore ; Continuer la lecture

Coq-de-roche et Toulouloua: je plains les daltoniens !

5. Le carnaval guyanais 2004 dédié à la faune et la flore nous a ravis par ses sons et ses couleurs inspirés d’une nature guyanaise, bruyante et brillante, qui nous entourre au quotidien. Heureusement, moi aussi, « j’ai survécu à la folie touloulou[1] »…

Le 18 janvier dernier, j’écrivais « cette vie est belle… à chaque nouveau soleil levant », nous serons encore émerveillés par tant de beautés faunistiques et floristiques…». Nous n’avons pas été déçus en cette année 2004, Continuer la lecture

Piranhas mercurés en Guyane française : vérité et contre-vérité

3. A propos de l’exposition de la porte dorée et de l’article de Sylvie Briet récemment paru dans la presse nationale intitulé « Une espèce atypique présentée à l’aquarium de la Porte Dorée[1]. En Guyane, un piranha qui vit d’herbe et d’eau fraîche »[2], on peut lire « Mais l’un des plus gros avantages de ces poissons est qu’ils sont indemnes de mercure, fait particulièrement appréciable dans cette région polluée par l’industrie aurifère ». Ceci est une contre-vérité (« Assertion contraire à la vérité » selon le Petit Robert). Dans le même registre on peut lire qu’ « indemne » signifie « Qui n’a éprouvé aucun dommage. V. Sain (et sauf) ». Or, dans l’article de Charlet et Boudou dans la revue La Recherche [3], Continuer la lecture